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Poésie

À pas d’heure me suis levée pour faire pipi

À la cuisine j'ai croisé une souris

Qui partait faire sa ronde de nuit

Déloger des placards ces squatteurs de biscuits

°

Je dédie ce poème

Au quotidien

À ses petits riens

Qui mis bout à bout

Forment les grands tous

 

Pas besoin de grand destin pour kiffer ses matins

Suffit d’ouvrir une clôture pour lancer l’aventure

Demandez à la baignoire et à sa bonde

James Bonde

°

On peut se lover dans mes bras       

mais faut prévoir les cales

Replier des bouts de carton sales      

pour me faire des baisers sans tomber

°

il faudrait fermer l’arrivée d’eau dans mon corps courant

°

La nuit les étoiles brillent

Et quand vient l'aube elles se déshabillent

Vite, vite au bain !

Qui a du shampoing ?

T’es une étoile et t’as pas de shampoing ?

Non mais j’ai du démêlant pour chevelure filante

Les étoiles se sont savonnées

Mais point d'eau pour se rincer

Quelle galère ces étés caniculaires

Et voilà que passe un nuage pour les sécher

Et qu’un extraterrestre vient leur apporter un chai lacté

Prenez des forces Mesdames, le soleil va bientôt se coucher

Pour dormir sur ses deux oreillers

L'humanité a besoin de vous pour rêver

°

le jour n’est pas toujours plus lumineux que la nuit

​​

°

Il y en a qui marquent leur territoire en faisant pipi

d’autres en laissant trainer leurs chaussettes

°

Le café monte par capillarité

Dans le biscuit trempé

Au fond de la tasse je rêvasse

J'y plonge un de mes songes

Oh ! tout ramolli le biscuit

°

on devrait savoir déclarer sa flamme à sang froid

°

L’assemblée générale se déroule sous les chrysanthèmes

Au jardin, c’est l’occasion de présenter ses problèmes

 

La limace lorgne sur la coquille de l’escargot

Elle tente : à force, t’as pas mal au dos ?

En vérité, la nuit ça caille sans abris

Je te l’achète, vas-y dis un prix !

 

Le matin les roses ont la goutte au nez

Vous les mouches, pouvez-vous nous essuyer ?

Hé ho, vous nous prenez pour des mouchoirs ?

 

La coccinelle s’inquiète d’un de ses grains de beauté

Va consulter la larve qui vit près des fourrés

Les problèmes de peau, c’est son rayon

Mais ne tarde pas, elle est pas loin de devenir papillon

 

Cette année les mille pattes changent de pointure

Ils ont passé commande aux fourmis qui savent travailler dur

 

Les araignées ont porté plainte contre la nouvelle propriétaire

Qui a ravagé leur toile à coup de balai, en plein hiver

Les gendarmes ont bien tenté d’arrêter la vieille bique

Mais trop petits, ils ont dû appeler tiques et moustiques

 

Quand tous furent écoutés et soulagés

Les étoiles déclarèrent la séance terminée

°

j’ai une conception du couple tellement libre qu’elle finit par ne plus exister

°

Pourquoi les girafes ont-elles le cou aussi long ?

C’est parce que les nuages font les meilleurs oreillers

 

Pourquoi les oignons font-ils pleurer ?

C’est pour nous apprendre l’empathie

 

Pourquoi la mer fait-elle des vagues ?

C’est parce que les poissons se prennent la tête

 

Pourquoi avons-nous le bourdon ?

C’est à cause des abeilles que nous faisons disparaitre

 

Pourquoi les ampoules font-elles de la lumière ?

La voie lactée est saturée, les étoiles ont dû descendre sur terre

 

Pourquoi a-t-on des trous de mémoire ?

C’est parce dans nos têtes, les mites ont remplacé les mythes

°

​la quête de sécurité coûte très cher en liberté

Slam

coup d'éclat

soin du visage et anti-âge

propagande sur l'épiderme

paye ton pot       étale ta crème

paye ta peau      cache-moi ces cernes

 

cette ampoule anti-tâche

efficacité non prouvée

élasticité bullshitée

faut hydrater, repulper, collagéniser

vieillir est une activité aride

le concept n'a pas pris une seule ride

 

ils veulent nous faire croire

que vieillir empêcherait de jouir

à 20 ans j'avais le teint lisse

mais me manquaient quelques indices

c'est bien plus tard

en plein plumard

que j'ai découvert

seule

les monts    les petits ronds et les plis

d’où se sont échappés tant de cris

 

regardez-moi ces pattes d’oie

qui éclaboussent mon visage

dans ce sourire qui n'a pas d’prix

c'est ça que l'industrie veut effacer ?

les sillons creusés par l'expérience de mon passé ?

 

 

Pamela Anderson avec son make-up free

ses cils sans noir et ses paupières sans fard

a éclaté l'idée

qu'une femme vieille est               belle

quand elle est    maquillée

 

une femme est belle quand elle s'est libérée

de tout ce qu'il y a à faire             pour plaire

 

le cauchemar du marché cosmétique

c'est d’voir l'éclat dans ton regard

celui qui brille sans artifice

sans khôl marron

sans trait de crayon

celui qui flanquerait le feu aux entrepôts

où sont stockés tous les produits

destinés à révéler notre beauté

tout en gâchant notre QI

 

coup d'éclat

lâche le tube

balance le miroir

les alouettes sont dans ta tête

Benji Button n'existe que dans les livres

 

c'est par la mort que la vie prend son sel

vivre sans vieillir

c’est comme mourir sans vivre

y’a a pas grand chose de pire

 

crevasses

tâches

rides

vas-y     viens

on fait tout jaillir

Carnets ouverts

2026 | Dragon de coton

JANVIER

Mercredi 21

J'ai lâché un long pet d'éléphant. On aurait cru les entendre, trompes levées, dans la savane. C'est mon père qui dit ça des pets de ma mère : ah voilà les éléphants.

En weekend d'écriture avec les filles du "cercle", Lindsay a proposé l'exercice suivant : noter toutes les phrases qui se répétaient si souvent dans la bouche de nos parents. Les premières qui me sont venues étaient récentes. Et cassantes. J'ai étiré ma mémoire pour revenir à l'enfance mais je n'ai pas retrouvé grand-chose. Ça m'a surprise. De convoquer si peu de détails d'avant. Quelque chose, en moi, à effacer les parents qu'ils furent.

Flanquer la lumière est né×e hier soir. 20 janvier 2026 à 17h53 : Soleil à 0 degré du Verseau, Lune à 21 degrés du Verseau, ascendant Lion.

Maintenant, je m'accroche. Je m'engage à publier régulièrement. Je ne remets pas en question ce travail. Je fais ce que je sais faire : écrire.

 

Jeudi 22

Apprendre à écouter plus finement ses voix, ses réactions. L'instinct est dans le spontané. 

Penser à ne pas donner trop tout de suite. Le temps est un allié. On peut mettre de la douceur dans la peur. Il s'agit d'y aller pas à pas. Le doux est dans les étapes.

Comme d'habitude, j'ai le fond mais la forme me bloque.

 

Lundi 26

J'ai vomi par cinq fois cette nuit. À la 5ème, il n'y avait plus que l'eau que je venais de boire. Les nausées ont tourné dans mon ventre comme des typhons, m'aspirant désespérément vers le centre de la cuvette. Je pouvais sentir mon ventre se contracter, mes boyaux se révulser… force invisible et déchaînée à l’intérieur. Que me dit mon corps ? Que sait-il mieux que ma tête ?

J'ai tiré la carte : Les mots veulent être écrits. Luttez contre la honte et exprimez-vous. 

La maladie ralentit. Plus rien ne compte que de pouvoir se lever pour uriner, dormir, peut-être manger. Drasticité. Retour à l’essentiel.

 

Mardi 27 

« Moi, je ne me ferai pas avoir » n’est qu’une illusion.

 

Les réseaux sociaux me donnent un cadre qui me met en mouvement. Voilà à quoi doit servir un cadre : mettre en action. Dès qu'il entrave ou restreint, il s'agit d'en redéfinir les contours.

 

Entendu à un drôle de dîner :  Les batailles de la vie ne sont pas gagnées par les plus forts ni par les plus rapides, mais par ceux qui n’abandonnent jamais. 

 

Mercredi 28 

Je fais des nœuds avec ma newsletter. Je me perds entre carnet de bord | chronique | article | espace. Quels mots choisir ?

 

Une amie me fait un retour sur mon manuscrit : c'est bien mais ce passage-là, il est un peu long et puis cette photo-là, elle est trop intime, et puis de manière générale, les photos ça me coupe dans ma lecture. Une autre amie me dit : les photos ne m'ont pas dérangée, par contre les rimes systématiques dans les poèmes, c'est un peu lourd.

Que faire de tout ça ? De tous ces retours qui se contredisent ?

Rien.

Laisser infuser.

•°

FEVRIER

 

Jeudi 5 

La pleine lune en lion du 1er février nous a dézingués. Je me sens faible et désespérée ; Damoclès va lâcher, je sens sa pointe contre mon cœur.

Sans cesse, je me demande : combien de cellules familiales tiennent par ce que la femme accepte de subir ?

Fabio est dans la colère. Son « encombrement intérieur » rend le dialogue impossible. Quand il me dit « fais-toi un peu violence, tu t'écoutes trop », je comprends que le fait de vouloir faire chambre à part est la partie émergée de l'iceberg sur lequel on ne cesse de se fracasser. Nos visions du monde sont incompatibles. Le constat prend forme : on n'y arrive pas. On est malheureux ensemble. Le rapport de force est constant. Je veux dormir seule. Je n'ai plus envie de pénétration. Je veux ouvrir notre couple.

Je veux qu'on se sépare. 

Il dit : tu es plus lucide que moi.

Au petit-déjeuner, je retrouve un homme au visage de pierre. Il répète qu’il veut un couple. Je réalise que je ne veux qu’une famille. Imaginer élever notre fils séparément me tord le bide.

Je ne peux pas rester seule avec mes pensées alors je décide de garder Gustav. J'ai besoin de la diversion de ses sourires et de la douceur de sa peau dans mon cou. J'ai mal partout, comme un début de grippe. Les mots. Les maux. Tout est sorti.

Je tire une carte : ask help, stop solo. J'envoie un message à Mo.

Elle me répond : la femme que vous êtes sait et n'y croit plus. La femme qui a construit un foyer n'est pas prête. Pourquoi ne pas donner du temps au temps ?

Le temps, inexorablement.

Janvier en Cotentin

Texte publié dans la revue L'Imagineur

« Le lac est un hammam à ciel ouvert. Le vent rabat de larges volutes de fumée. J’essaye d’imaginer les lieux, la couleur de l’eau quand le soleil brille par-dessus. Cette eau qui ondoie sans logique ; une vague à gauche et puis finalement à droite. 
À la surface, tout semble se contredire. »
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Les 4 Concours

Concours d'écriture organisé sur 4 saisons avec plus de 50 écrivant.es

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